[...] C'est alors que je vois débarqué Barbara. La Barbara des strip-teases à la fenêtre, des "Prends-moi, prends-moi" toute la nuit.
Elle arrive, se met directement dans mon lit. Je l'envoie promener.
Elle se couche dans le lit de Guy. Il prend un air excédé. Je rigole. Elle reste.
Et la dinguerie démare sur les chapeaux de roues.
Côté "Prends moi, prends-moi", elle a l'air calmé. Elle n'en psalmodie plus que deux ou trois de temps en temps et ne se déshabille plus beaucoup. Mais elle cause ! Elle n'arrête pas. Son dada nouveau, ce sont les fleurs et leur couleurs. A croire elle a avalé un livre d'horticulture du monde et qu'un palette de peinture lui remplace le cerveau. Les tournesols surtout la travaillent. Elle vous explique des heures entières le mécanisme secret qui leur fait suivre le mouvement du soleil. Je ne comprends pas tout - et je suis vite lassé de la suivre -, mais s'il faut la croire, les tournesols sont des plantes en voie de passer du règne végétal au règne animal. Des muscles leur poussent, leur sève se fait sang peu à peu, la photosynthèse de la lumière fait naître dans les graines de leur fleur autant de cellules nerveuses qui son l'ébauche d'un cerveau. D'où, allez savoir pourquoi, leur rotation sur leur tige avec le soleil.
Puis il y a les couleurs vive. Elle s'est acheté des craies de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel et s'en met partout. Elle se fait les lèvres en
jaune, les pommettes en
violet, les yeux en
blanc . Pour le bouts de seins ( en se les fardant, le menton sur la gorge, elle salive et le jaune de ses lèvres dégouline partout), elle préfére le
vert.
"Le lait, explique-t-elle, n'est-il pas fait à partir de l'herbe? Alors, les seins, d'où sort le lait, doivent être verts."
Est-elle complètement flippée? ? Ou se fiche-t-elle carrément de moi? Je me le demande encore. Je crois qu'il y a un mélange des deux.
Toujours est-il, et j'en reste comme deux ronds de flan à voir ça, qu'elle embobine mon Guy et qu'ils deviennent inséparables !
Ils sont maintenant toujours fourrés ensemble, vont cueillir des fleurs et mettent ensembles des bouquets psychédéliques partout.
De temps en temps, Guy me regarde et me sourit, un peu gêné.
Je hausse les épaules. On aura vraiment tout vu. Même Guy tomber amoureux d'une toquée.
Et d'une toquée qui le bat.
Parce que Madame a ses jours de "
bleu". Ces jours-là, vite Guy doit effacer tout ce qui n'est pas bleu dans la chambre. Et volent les fleurs par la fenêtre ! Et disparaissent les écharpes
jaunes et
rouges ! Et on piétine les craies !
Régulierement, ça finit par des bagarres. Puis mon Guy et ma Barbara se réconcilient sur l'oreiller.
Jusqu'à ce que Barbara ait un coup de "Prends-moi, prends-moi".
Alors, elle se lève, descend le rez-de-chaussée, fonce sur les boys, des gosses de douze ou treize ans, et se met à leur tripoter le zizi en poussant son cri de guerre.
Guy la prend pas le bras, la caresse doucement, la remonte dans la chambre. Il me fait pitié.
Le lendemain, il vient me trouver : Barbara n'a plus de visa, il faut que je l'aide. Ne serait-ce-que pour lui.
Pendant ce temps-là, ma Barbara danse les cuisses en l'air en criant : "Je suis la plus belle ! Je suis la plus grande des amoureuses !"
Excédé, pour avoir la paix, je vais à l'Imigration Office...[...]
Flash ou le grand voyage, Charles Duchaussois